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Puisque Mara nous a fait son show pendant ces 10 jours de safari, j'ai placé ce carnet sous le thème du Cinéma.
Pitch :
Me revoilà en ce début septembre 2010 en ce Masaï Mara qui m'avait tant subjugué il y a un peu plus d'un an (j'en avais un carnet de voyage
Les félins de Mara ). Après ce premier trip de reconnaissance effectué en solo, j'y reviens donc en famille pour faire partager mon enthousiasme pour ces lieux à mon épouse et mes 2 filles. J'ai programmé le voyage en septembre avec l'espoir d'assister enfin au spectacle de la grande migration.
Générique:
Lieu de tournage : Masaï Mara (Kenya)
Equipe sur place : Melting Pot
Réalisateur : Simon Chebon
Prise de vue 1 : Jérôme dit Ojeff
Prise de vue 2 : Léa
Caméra : Julie
Script et making of : Catherine
Jour 1 : Autopsie d'un meurtre (Otto Preminger 1959)
Nous sommes le 1 septembre : 1° après-midi de safari à Masaï Mara. Nous évoluons dans le secteur de Nakuru (euh, il ne s'agit pas du lac du même nom mais d'une zone fréquemment inondée, d'où son nom, dans les marais de Musiara au Nord de Masaï Mara).
Nous ne tardons pas à tomber sur le clan du marais. L'occasion de refaire connaissance et de tirer quelques portraits.
Hanuman en train de flirter
Plus tard dans la soirée, alors que tout le monde roupille, Siena, une des lionnes du clan, se tend soudainement dans l'attitude typique du prédateur ayant repéré sa proie, passant en 1 seconde d'une indolence trompeuse à une concentration impressionnante, tous sens aux aguets. Elle a repéré un Gnou isolé qui s'avance à une centaine de mètres de là. La lionne se met en chasse. Oreilles et narines pointées vers l'avant, épaule et tête abaissées pour rester sous le couvert des hautes herbes, elle progresse par avancées successives à chaque fois que le Gnou baisse la tête pour brouter.
A moins de cinquante mètres de sa proie, la lionne lance sa course.
Le premier réflexe du Gnou à la vue de la lionne arrivant sur lui en pleine course n'est curieusement pas la fuite. Sans hésiter, il charge à la façon d'un taureau.
La lionne dévie sa course au dernier moment pour esquiver les cornes. Le Gnou profite de cet instant de répit pour s'enfuir. La lionne emportée dans son élan doit à présent revenir en arrière. Mais 30 mètres plus loin, le Gnou voit à son tour sa course ralentie par un arbre au sol qui lui fait obstacle et qu'il doit contourner.
La lionne va ainsi pouvoir regagner le terrain perdu et parvient à s'accrocher de ses griffes à l'arrière train du Gnou. Celui-ci ne peut plus avancer.
L'instant d'après la lionne assure un peu mieux sa prise en enfonçant plus haut ses griffes au niveau des épaules de l'Antilope et pèse à présent de tout son poids sur le dos de sa proie. Le gnou s'effondre.
La lionne referme ses mâchoires sur la gorge de sa victime pour l'étouffer et la maintiendra dans cet étau mortel pendant plus de 3 minutes avant de relâcher sa prise.
Une lionne vient rejoindre Siena (Photo de Léa).
Puis tout le clan se retrouve autour de la proie (Photos de Léa)
La première demi-journée de safari n'est pas finie et j'ai déjà un de mes 3 rêves exaucés : une chasse suivie et photographiée du début à la fin.
Et puisqu'il s'agit de "l'Autopsie d'un meurtre", je vous fais la totale :
Ci-dessus : une animation
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...et la vidéo (prise par Julie) :
Le cave se rebiffe (Gilles Grangier, Michel Audiard - 1961)
Cette première après-midi de safari nous réserve une nouvelle scène surprenante. Nous venons à peine de quitter les lions du Marais et poursuivons le drive au milieu d'un groupe de Gnous au galop. Nous sommes encore sous le choc de cette chasse d'anthologie quand Simon nous avertit : "Regardez, regardez : la Hyène en a chopé un…". Au milieu de cette marée de Gnous nous n'y voyons rien mais nous sommes très vite à quelques mètres du lieu de ce nouveau drame. Quand nous arrivons, un Gnou est couché à terre et une Hyène est campée sur lui les pattes avants reposant sur son dos. Mais le temps de stopper le véhicule et de caler nos appareils, le jeune Gnou s'est déjà relevé dans un sursaut désespéré.
Le jeune Gnou (il s'agit d'un jeune de l'année, reconnaissable à ses cornes non encore arquées) charge aussitôt la Hyène pour la repousser. Celle-ci esquive mais sans s'éloigner. Ces photos d'actions dans la pénombre de ce début de soirées sont floues pour la plupart car la vitesse est insuffisante malgré la montée en isos. Elles témoignent néanmoins de cette scène insolite.
Nous constatons que le Gnou présente une blessure à la cuisse droite.
Pendant dix bonnes minutes cette même scène va se renouveler : La hyène se rapproche à nouveau, le Gnou charge, la hyène esquive.
Mais la Hyène semble peu à peu se fatiguer et ses attaques sont de moins en moins virulentes. Finalement, elle abandonne la partie et s'éloigne dégouttée.
Le Gnou rejoint ses congénères au petit galop. Son obstination et son courage lui ont permis de se tirer de cette situation qui semblait désespérée. Nous avions été un peu étonnés quelques minutes auparavant de voir un Gnou charger au lieu de fuir face à la lionne. Nous constatons à présent que ces modestes herbivores ont des ressources inattendues et ne sont pas totalement démunis face à leurs prédateurs. Et nous, nous sommes ravis de finir la journée sur cette note joyeuse.
La vidéo de la scène à présent (copyright Julie).
Comme vous le voyez à la fin de la vidéo, la blessure du Gnou ne l'empêche pas de galoper. Donc probablement pas de tendon touché et pas d'hémorragie apparente non plus. En revanche, je suppose qu'il y a surement des risques d'infection...
Jour 2 : La Chevauchée Fantastique (John Ford 1939)
Outre ces 2 scènes inoubliables, le drive de la veille avait suffit à confirmer ce que nous avions déjà présumé lors de notre atterrissage en survolant d'importants rassemblements de Gnous : nous sommes bien au cœur de la migration. Dans certains secteurs, la savane est comme mouchetée de formes sombres mais, à d'autres endroits, elle disparaît littéralement masquée par la masse quasi continue de Gnous qui se pressent les uns contre les autres. L'émotion soulevée par cette migration en marche est au-delà des mots. Cette biomasse en mouvement est tout simplement incroyable.
Simon était visiblement anxieux de nous faire découvrir le spectacle des spectacles : la traversée de la rivière Mara par les Gnous (le terme anglais de "Crossing" est utilisé la plupart du temps soit pour désigner l'action de traverser soit pour désigner un lieu habituel de traversée ; exemple : "le Crossing de Serena" ou "le Crossing de Paradise"). C'était bien sûr une scène que je rêvais d'observer, sans oser y croire ni même l'exprimer (cela porte malheur) tant cela me paraissait du domaine du fantasme. Ce sera l'objectif de la journée car il ne faut pas perdre de temps : les observations des derniers jours semblent indiquer que nous sommes à la toute fin d'une traversée Ouest/Est (Tanzanie vers Kenya) et les chances d'assister au crossing sont minces.
Arrivés au bord de la Mara, tout est calme mais nous ne tardons pas à apercevoir de l'autre côté de la rivière un premier contingent de Gnous dont la silhouette se détache en haut d'une colline. Ils cheminent en direction de la Mara et nous n'osons croire que nous allons assister au crossing.
Simon maintient le 4x4 à distance de façon à ne pas effrayer le groupe ni interférer à un moment qui peut s'avérer délicat. Les Gnous dévalent la pente avec une belle énergie : ils semblent bien décidés à traverser rapidement la rivière. Le petit détachement initial s'est vu grossir en une demi-heure par des centaines de Gnous, peut-être des milliers, qui se pressent à présent sur la rive opposée.
D'abord impatients d'en découdre, ils semblent à présent incertains. En effet, il y a de quoi hésiter : la berge de la rivière forme comme une falaise de 5 à 6 mètres de haut et la rivière, gonflée par des orages récents, est plutôt tumultueuse.
Certains s'éloignent même de la berge. Une longue attente va commencer avec une succession de flux et de reflux, d'approches enthousiastes suivies de mouvements de replis. Au terme de 2 heures de valse-hésitation, le groupe quitte le site. Bon, c'est pas grave on pourra dire que l'on a assisté à la préparation d'un crossing, c'est déjà pas mal pour notre seconde journée de Safari...
Mais Simon nous confie que rien n'est perdu et que ce jeu d'alerte/fausse-alerte, d'attente et d'excitation est le propre des crossings. Nous changeons de site en anticipant l'arrivée du groupe plus en aval. Une nouvelle attente commence.
Mais tout ira très vite cette fois. Nous ne tardons pas à voir apparaître un premier éclaireur suivi bientôt par la masse de ses congénères. Un petit groupe de 3 individus s'enhardit. Ils ont réussi à trouver un passage un peu moins vertical dans la paroi et ont à présent les pieds dans l'eau. D'autres les suivent mais il n'y a pas de place pour plus de quelques individus sur la plage. Pressé par le groupe qui derrière lui ne fait que grossir, le Gnou de tête se lance enfin à l'eau suivi bientôt par ses congénères. Génial : c'est arrivé ! Une ligne de nageurs se forme dont on ne voit bientôt plus que la tête sortir de l'eau.
Leur progression est rapide et une trentaine de seconde suffit à un individu pour traverser. La plage de sortie est assez large et les premiers Gnous y prennent pied sans trop de difficulté. En revanche, ce qui est beaucoup plus impressionnant ce sont les masses qui se pressent sur la rive opposée. Une sorte de fébrilité s'est emparée des Gnous : après ces longues hésitations il semble à présent devenu impérieux pour chacun d'entamer sa traversée.
La sente étroite ayant permis aux premiers de se mettre à l'eau en douceur n'est plus suffisante pour permettre le passage à des dizaines en même temps. Aussi, certains téméraires choisissent l'accès direct et dévalent la paroi verticale soulevant de leur sabot une épaisse poussière.
Au début, je ne sais pas trop que photographier : les nageurs ? Les premiers Gnous qui prennent pied sur la rive opposée ? Ceux qui se mettent à l'eau ? Bon Ok je me concentre sur ces derniers : la lumière, la poussière, des sauts spectaculaires et, en arrière-plan, des groupes de Gnous qui se préparent et devraient donner profondeur et texture à l'image. Extraaaa !!!
J'en compte parfois 3 bondissant en même temps. Dans leur "Chevauchée fantastique" et juste avant d'atteindre la rivière, ils donnent un dernier coup de rein et, en prenant appui sur la paroi verticale, se propulsent au dessus de la rivière. L'entrée dans l'eau est plus ou moins réussie. Certains pénètrent de façon puissante, tête en avant. D'autres font des plats magistraux.
Les plus jeunes sont les plus aventureux et n'hésitent pas à sauter directement depuis le haut de la paroi, soit d'une hauteur de 6 mètres et, après une première impulsion qui les propulse en avant en direction de la rivière, ils retombent lourdement dans l'eau à la verticale, leur élan brisé, les 4 pattes pendantes. Certains sauts sont encore plus scabreux mais de façon étonnante tous parviendront à franchir l'obstacle sans accident.
...et pour terminer, le Gif animé (ci-dessus).
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La honte de la Jungle (Boris Szulzinger 1975)
Après cet incroyable crossing, nous reprenons la direction du camp de Melting Pot. Au voisinage de Musiara, Simon repère à l'horizon un "rapprochement" intéressant entre les membres du clan du marais et un groupe important de Buffles. Il est déjà 13h30 et le déjeuner nous attend mais nous faisons tout de même le détour.
Lorsque nous arrivons sur les lieux, tout est calme. Les Lions sont plongés dans une douce torpeur.
Certains observent avec envie ou curiosité les Buffles qui paissent à proximité.
Le clan semble être au complet. Le vieux Dents Pourries est là. Nos prédécesseurs l'avaient observé très affaibli, pourtant, là, devant nous, il apparaît en bien meilleure forme. A tel point qu'il se livre à des démonstrations grandioses de mâle quasi-dominant : marquage territorial, flirte avec différentes femelles, grognement pour faire sentir son autorité,…
"Elle sont toutes folles de moi"
Tout cela nous fait chaud au cœur même si ce mieux apparent risque d'être de courte durée.
"Dents pourries" : le bien nommé
L'ensemble du clan s'est à présent mis en mouvement. Cette fébrilité à cette heure de la journée est assez surprenante. Vont-ils chercher une meilleure ombre pour leur sieste ? Curieux, car ils semblaient déjà bien abrités du soleil.
C'est alors que nous remarquons du mouvement du côté du troupeau de Buffles. Un petit contingent s'est enhardi en direction de nos Lions.
Ils n'ont pas une attitude de proie apeurée, tout au contraire. Et, en voyant approcher ces masses impressionnantes, les lions semblent perdre de leur charisme de prédateur et pressent l'allure en direction opposée. Soudain, les Buffles, une demi-douzaine en tout, chargent les Lions qui se débandent.
Toute honte bue, la plus grosse partie du clan rejoint rapidement le couvert de la forêt. Ils s'en tirent à bon compte. Mais 2 lionceaux n'ont pu suivre le rythme de cette retraite échevelée et sont restés en arrière. Nous sommes inquiets car ils risquent de se retrouver piétinés par les Buffles en furie. Heureusement, les Buffles arrêtent aussitôt leur course à l'approche du bois et retournent tranquillement rejoindre leurs congénères tout en pâturant comme si de rien était. Une femelle s'inquiète du sort des 2 lionceaux et l'on entend ses cris d'appels. Les Buffles ayant quitté les lieux, la lionne part à leur recherche. Les herbes sont assez basses et en quelques minutes ces sont les retrouvailles. Nous respirons…
Pourtant, à bien recompter tout ce petit monde quelqu'un manque à l'appel : Dents Pourries a disparu ! Simon est comme d'habitude le premier à comprendre ce qui se joue : "Regardez, là-bas, Dents pourries est attaqué". Nous repartons au point d'origine de la cavalcade et, là, nous voyons notre pauvre lion cerné par un groupe de Buffles.
Il n'en mène pas large et il a perdu tout d'un coup la superbe qu'il affichait quelques instants auparavant. Incapable de distancer les Buffles à la course, il a repéré un arbre mort qui gît sur le sol et tente piteusement de se hisser hors de portée de ses poursuivants.
L'un d'eux se rapproche dangereusement et Dents Pourries lui assène son plus féroce grognement pour tenter de l'intimider.
Le face à face va durer un bon moment. Le lion tente de se faire le plus petit et discret possible mais les Buffles ne le lâchent pas une seconde et se tiennent l'air menaçant à un mètre en contrebas de l'arbre sur lequel il s'est juché.
La position est inconfortable mais dès qu'il fait mine de bouger pour s'assurer une meilleure assise, aussitôt les Buffles s'approchent prêts à charger.
Au bout d'une demi-heure, la tension baisse d'un cran et les Buffles desserrent leur surveillance. Un à un ils s'éloignent laissant le pauvre Lions ravaler sa honte.
et la vidéo de Julie pour finir :
Jour 2 après-midi : Pris au piège (Max Ophüls 1949)
Fin d'après midi en ce 2° jour de safari. Nous retentons notre chance avec le clan du marais. C'est une période faste pour le clan qui fait bombance avec tous ces Gnous à portée de la patte. C'est une heure propice pour la chasse. Nous les retrouvons exactement au même endroit que la veille. Le groupe se tient sous les arbres et l'atmosphère est des plus calmes. Les proies potentielles semblent bien loin.
Mais les situations peuvent changer très vite dans la savane. Là où rien ne semblait devoir arriver, nous nous trouvons en quelques minutes à nouveau plongés dans la tension d'une chasse qui se prépare. Un groupe de Gnous s'est approché et une des femelles s'extrait de la zone boisée, les sens aux aguets. Elle se glisse dans les herbes et progresse en trottant à demi ramassée sur elle-même pour diminuer sa surface visible aux yeux de ses proies. La lionne lance sa course.
Le Gnou réussit à éviter le bolide lancé à pleine vitesse et la lionne ne semble pas avoir envie de poursuivre son effort ou de dévier de sa trajectoire. Du coup cela donne une image amusante où la lionne donne l'impression d'un projectile qui a manqué sa cible. Mais cette première attaque a provoqué un vent de panique dans le troupeau. La lionne escorte le groupe de Gnous à vitesse réduite comme pour tester celui-ci et repérer une proie facile. Son attention est alors attirée dans la direction opposée à la course du troupeau : un Gnou suicidaire se dirige vers un fossé boueux sans savoir que celui-ci va constituer un obstacle infranchissable. Il s'enfonce irrémédiablement dans la fange spongieuse qui forme une gangue inextricable. La lionne est déjà sur lui et l'animal piégé n'a pas la moindre chance.
La seule difficulté pour la lionne sera de se trouver un chemin jusqu'à la gorge du Gnou pour le mettre à mort. Elle devra pour cela se salir quelque peu le bout du museau.
Les échanges avec d'autres véhicules nous apprendront que la veille ce sont 5 Gnous qui auraient été mis à mort de cette même façon, les lions tirant partie de cet obstacle naturel constitué par ce fossé infranchissable et difficile à détecter. Plusieurs Gnous se seraient même pris au piège tout seul, sans aucun prédateur à leurs trousses, et seraient morts faute de pouvoir s'extraire de cette fange. Nous en découvriront de nombreux cadavres à demi ensevelis dans la boue et encore intacts.
Les lions eux savent comment franchir l'obstacle.
Les Spécialistes (Patrice Leconte 1985)
Masai Mara est le point de rencontre de nombreux amateurs de photographie nature.
C'est aussi le lieu de travail de grands spécialistes de la photo de faune africaine, que nous avons croisés avec intérêt et admiration durant notre périple. C'est l'occasion de leur rendre un petit hommage.
Anup Shah : Photographe natif du Kenya d'origine Indienne.
Travaillant sur ses notes en attendant le crossing
On peut le qualifier (avec sympathie et admiration) de vétéran de Masai Mara puisqu'il sillonne la région depuis plus de 20 ans. Il résidait au camp de Melting Pot durant notre séjour ce qui nous a donné l'occasion de quelques échanges. Il a mis au point un système de photo à distance qui lui permet d'être au cœur de l'action au moment des crossings.
Voila le dispositif, positionné sur une plage bordant la Mara, à demi-enterré et supposé à l'épreuve des sabots. Cela n'a pas empêché Anup de perdre pas mal de matériel dans cette opération à risque.
…et je vous laisse admirer certaines de ses réalisations grâce à ce dispositif.
http://www.dailymail.co.uk/news/worldnews/article-1252925/Amazing-pictures-Photographer-captures-hoofs-eye-moment-lioness-attacks-heard-zebra.html
Nous sommes en très bonne compagnie, comme vous le voyez...
Jours 3 : Ennemis rapprochés (Alan J.Pakula 1997)
Tous les matins en quittant le camp, nous tentons de glisser la silhouette d'un animal emblématique entre nous et le soleil levant. Le matin de ce troisième jour, nous surprenons un groupe d'Hyènes. Elles fréquentent habituellement le secteur mais ne sont pas toujours prêtes à coopérer à cet exercice de silhouettage.
Un tête à tête avec un oiseau qui pourrait être du genre Vanneau/Pluvier
Thomas et Jérôme en position allongée afin de permettre au sujet de bien se détacher sur l'horizon. L'une des très rares occasions où nous nous sommes trouvés hors du véhicule...
A peine plus loin, nous tombons sur un groupe de Lions accompagnés d'une escorte de charognards lugubres.
Nous craignons une confrontation entre les lions très minoritaires et un nombre sans cesse croissant d'hyènes surgies de nulle part. Mais les lions sont très calmes et même un peu audacieux : un jeune mâle vient de dérober une Gazelle de Thomson fraîchement tuée par les Hyènes. Il est rapidement rejoint par un frangin.
C'est d'abord entre les 2 lions qu'ont lieux les premières explications.
Mais les Hyènes sont de plus en plus insistantes. Incroyable ! Elles sont à présent une bonne vingtaine à proximité immédiate de la carcasse et une quarantaine en tout visibles depuis notre 4x4. On imagine bien que ce déséquilibre dans les forces en présence va très vite jouer en faveur des Hyènes. Elles se rapprochent et certaines sont à seulement 2 ou 3 mètres de la carcasse gardée par les 2 Lions.
Mais curieusement les Hyènes n'osent pas pousser leur avantage et tenter le coup de force.
De leur côté, les Lions sont d'un flegme total. Une fois seulement l'un des mâles, un peu agacé, va se lever pour faire le ménage !
Au retour il prendra le temps de marquer longuement son territoire. Une provocation pure et simple à laquelle les Hyènes répondront par des postures d'intimidation impressionnantes.
Rien pourtant qui soit de nature à ébranler la confiance de ces 2 jeunes mâles qui poursuivent leur petit déjeuner comme si de rien était.
Malgré leur supériorité écrasante en nombre, les Hyènes n'auront pas su profiter du produit de leur chasse. Peut-être que la modestie de la proie ne valait pas les risques encourus par une attitude plus agressive vis-à-vis des Lions. D'autant qu'en cette période de vaches grasses les proies et cadavres ne manquent pas dans le secteur…
La course à l'échalote (Claude Zidi 1976)
Scène 1 :
C'est de très loin que nous apercevons la mince silhouette de 3 Guépards lancés dans une course à la poursuite d'un lapin. Avec pas mal de chance, compte tenu de la distance, j'arrive à faire quelques clichés lisibles mais forcément très croppés.
Les Guépards vont finir par attraper leur proie. La course a été assez longue avec de nombreux virages négociés au dernier moment par le lapin afin d'échapper au coup de patte mortel. Mais contre 3 Guépards ces esquives ont fini par le jeter sur la trajectoire de l'un de ses poursuivants. Mais j'ai été un peu surpris de la longueur de la course pour des sprinters supposés incapables d'effort prolongé. Un autre élément intéressant est que ce groupe de 3 frères serait un groupe de nouveaux venus dans le secteur (à ne pas confondre avec les autres 3 frères "historiques" que nous retrouverons plus tard). Peut-être que les visiteurs qui m'ont suivi pourront donner des nouvelles actualisées sur le sujet.
Scène 2
Un jeune Léopard (fils d'Olive) déambule sur les berges de la rivière Talek.
Intrigué par un bruit, il est aussitôt aux aguets. Nous, nous n'entendons que le cancannement des Ouettes d'Egypte. Il se détend soudainement mais manque sa cible, quelle qu'elle ait pu être…
Scène 3
Nous retrouvons le soir venu notre clan du marais dans la même configuration de chasse que les 2 jours précédents. En point de mire : un groupe de Zèbres. Mais très vite les Lions vont être repérés et les Zèbres à force de hennissement vont faire fuir tous les herbivores du coin…
Le clan va se rapprocher du fossé mortel de la veille. La carcasse du Gnou mis à mort est toujours là, intacte. Visiblement impossible à extraire de l'eau ou tout au moins trop fatiguant. Il sert à présent de terrain de jeu aux jeunes vauriens toujours prèts à en découdre alors que la pluie commence à tomber.
En Gif animé (remarquez que le jeune Lion prend appui sur le cadavre du Gnou tué la veille comme s'il s'agissait d'un tremplin)
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Les lionnes s'approchent et vont à leur tour traverser le fossé. Nouvelle séance de sauts.
Jour 4 : Le Guépard (L.Visconti - 1963)
Nouvelle séance de silhouette sur fond de soleil levant en ce 4° jour de Safari. Cette fois : une Autruche...
En fin de matinée, nous allons faire la connaissance d'un trio de Guépards formé d'une mère et de ses 2 jeunes dans le secteur de Topi Plain. Pour être tout à fait exact, nous les avons en fait déjà croisés rapidement la veille alors qu'il étaient occupés autour d'une carcasse de Gazelle de Thomson et nous avaient fourni matière à quelques portraits.
Ils sont aujourd'hui encore autour d'une nouvelle proie fraîchement tuée. Une jeune Thomson comme la veille. Inutile de penser assister à une chasse alors que le trio est encore en train de se disputer les restes de la proie.
Simon observe pourtant que cette Thomson ne sera pas suffisante pour les gaver et qu'ils vont peut-être se remettre en chasse. En attendant nous allons prendre notre café du matin à l'ombre d'un acacia tout en gardant un œil sur les Guépards à 1 km de là.
Puis nous revenons sur nos Guépards pour voir s'ils ne seraient pas d'humeur à bouger un peu. Le scénario idéal nous révèle Simon serait qu'une jeune Thomson se présente à proximité car la Guéparde a une forte tendance à privilégier ce type de proie. Rien en vue cependant durant l'heure qui suit.
Quelques portraits assoupis (je n'ai remarqué que le second Guépard baillait aussi qu'en visualisant mes images).
Le trio se met finalement en mouvement. Difficile de dire s'ils cherchent un arbre (et il n'y en a pas beaucoup dans le secteur) pour se mettre à l'ombre ou s'ils se mettent en chasse. Peut-être les 2 en fonction de ce qui peut se présenter. Rien à l'horizon. Nous les suivons dans leur déplacement pendant une vingtaine de minutes dans une savane désespérément vide.
Simon anticipe leur déplacement et prend beaucoup de champ de façon à leur laisser tout l'espace disponible tout en gardant un bon point de vue d'ensemble sur une éventuelle scène d'action. Simon nous positionne derrière le seul groupe de Thomson visible et nous voyons le trio avancer à l'horizon dans notre direction.
Les distances semblent importantes et nous n'osons espérer assister à une chasse tant l'attitude des Guépards semble flegmatique, presque résignée sous le soleil qui commence à taper fort.
Et c'est là que l'impensable arrive : Après avoir brièvement disparu à nos yeux derrière une bute, la Guéparde vient de réapparaître, lancée à pleine vitesse sur le groupe de Thomson qui, quelques instants auparavant nous paraissait pourtant si loin. Elle a bien sûr repéré le maillon faible : une jeune Thomson, sa cible préférée. D'une redoutable efficacité, en quelques secondes elle est sur sa proie qu'elle déséquilibre d'un coup de patte. Elle la saisit à la gorge mais, étonnamment, elle ne va pas l'immobiliser à terre pour finir de l'étouffer mais l'emporter aussitôt, la tenant entre ses mâchoires, toujours vivante, vers l'ombre protectrice d'un grand acacia.
C'est assez choquant de voir ce bébé Thomson en train de mourir asphyxié et qui se débat encore dans la gueule du prédateur. Mais nos sentiments sont troubles et ambigus car, ne nous en cachons pas, nous sommes très excités et comblés d'avoir assisté à cette scène.
La maman est rejointe rapidement par ses 2 jeunes.
Le portage de la proie se fera sur une distance d'au moins 400 mètres qui nous donnera l'occasion de plusieurs séries de clichés de cette scène mémorable.
Bon, sur la scène de chasse proprement dite, je n'ai pas été assez rapide. Je me suis un peu laissé endormir par l'attitude trompeusement désintéressée du trio. Il aurait fallu ne pas quitter l'œil du viseur pendant tous ces déplacements apparemment innocents. Mais dès lors que la femelle avait lancé sa course il m'a été impossible de cadrer et mettre au point assez vite pour capturer une image du félin en action.
Je vous joins la vidéo de Julie également.
Pas étonnant que la scène de capture ait été manquée car voyez ci-dessus qui était aux commandes.
Tout ça nous fait quand même une chasse réussie de plus à l'actif de ce safari. Simon a encore eu du flair en anticipant une chasse qui paraissait pourtant improbable alors que le trio à notre arrivée venait à peine de capturer une proie ce qui pouvait laisser penser qu'ils étaient repus. C'est vraiment tout l'intérêt de ce genre de safaris où l'on peut passer autant de temps que nécessaire à suivre un groupe, multipliant ainsi les opportunités d'assister à des comportements intéressants. Comme toujours dans ce domaine : la patience est souvent récompensée.
Jour 5 : La chatte sur un toit brûlant (Richard Brooks 1958)
En cette matinée de 5° jour de safari, nous sommes à nouveau "au chevet" de nos 3 Guépards. Je dis "au chevet" car, je vous rassure, ils ne chassent pas mais se reposent allongés dans les hautes herbes et à peine visibles.
Aussi, lorsque Tony nous signale par téléphone qu'un nouveau Guépard a été aperçu à quelques minutes seulement de notre localisation, nous décidons d'abandonner provisoirement le trio.
A notre arrivée, Le Guépard est assis sur une termitière, scrutant la savane. Il s'agit d'une femelle, nouvelle dans le secteur.
Elle se laisse tirer le portrait, indifférente, mais au bout de 5 minutes, elle se met en mouvement.
Nous nous positionnons sur sa trajectoire pour faire quelques images de face. La Guéparde arrive à notre hauteur et passe derrière notre véhicule.
Elle n'apparaît pas immédiatement de l'autre côté. S'est-elle arrêtée juste derrière nous ? Nous entendons alors un bruit de tôle puis une légère secousse.
L'impensable est arrivé : le Guépard s'est hissé sur notre 4x4. Il a pris appui sur la roue de secours et a grimpé sur le toit. Nous entendons le félin bouger sur le toit au-dessus de nos têtes. Séquence émotion.
Nous sommes à cette occasion tous assis dans nos sièges, les dernières photos ayant été prises au niveau portière pour minimiser l'effet de plongée. L'une des 2 ouvertures de toit, celle au-dessus de la rangée de sièges arrière, est restée fermée. C'est là que notre Guéparde s'est installée. L'autre, celle au-dessus de ma tête, est ouverte. Je change aussitôt de focale et troque mon 300mm pour mon zoom grand angle 10/24mm puis me lève à demi pour essayer de voir ce qui se passe au-dessus : le Guépard est tranquillement assis et regarde dans la direction opposée. Je finis de me lever complètement tout en subissant les suppliques de mes filles qui me somment de ne pas faire ça. Incroyable : la queue du Guépard est à 5 cm de moi. Je prends 1 photo : l'animal ne réagit pas. Il me présente ostensiblement son dos. Je vérifie mes clichés : beurk c'est sous exposé, bien sûr. Difficile de se concentrer entre l'émotion de l'instant, la prudence qui s'impose et les paramètres à optimiser… Bon, Je corrige et prends quelques nouvelles images. Génial : je fais des photos de Guépard au 10 mm ! La queue au premier plan apparaît hyper-longue et déformée.
La Guéparde me tourne le dos mais je profite des instants où l'animal veut bien me présenter son profil.
La Guéparde se lève et change de position. Elle s'assit à présent de profil. Elle a forcément remarqué ma silhouette qui dépasse du toit et qui est dans son champ de vision périphérique mais cela ne l'émeut pas le moins du monde. A aucun moment je ne croiserai vraiment son regard. Heureusement car je n'aurais pas été forcément rassuré. Simon s'est joint à moi pour prendre des photos.
Le Guépard bouge à nouveau. Je constate quelques traces urinaires de son passage sur le toit.
Le 4x4 de Tony s'est approché.
Gros plan réalisé par Catherine avec son bridge
Les photos prises par Tony permettent un autre point de vue intéressant sur cet événement.
Après 10 minutes passées en notre compagnie, le félin décide de nous quitter et saute du véhicule par l'arrière.
La vidéo permet de bien comprendre l'atmosphère dans le 4x4 durant cet événement dont je me souviendrai toute ma vie. C'est une coproduction de Julie, pour les scènes à l'intérieur du véhicule, de moi-même, pour les vues prises depuis le toit et de Tony, pour celles prises à distance depuis son 4x4.
Je vous laisse imaginer l'explosion d'émotion dans le 4x4 après ces 10 minutes de tension. Nous n'en croyons pas notre chance. Nous échangeons quelques mots avec Tony. Puisque la Guéparde est nouvelle sur le secteur et qu'il faut bien lui donner un nom, Tony propose à Léa de la baptiser. Elle suggère de la nommer Landie (ou Landy, dérivé de Land Rover). Excellente inspiration : cela nous paraît tout à fait de circonstance.
Mais bon, ne croyez pas que nous en ayons fini avec elle (là j'ai un peu honte) car notre Guépard est toujours dans les parages et nous reprenons notre suivi. Je ne sais par quel heureux hasard ou quelle manoeuvre subtile de Simon mais il se trouve que les circonstances sont à nouveau favorables : Landie se glisse derrière notre 4x4 et…grimpe à nouveau sur le toit.
Cette fois elle me fait face et l'orientation de la lumière est excellente, ce qui va être sympa au niveau photo.
Elle regarde dans ma direction et je me tasse un peu en tentant de me fondre dans la carrosserie du véhicule et en essayant de ne pas faire de geste brusque.
Puis elle fait mouvement vers l'avant…et moi je me replie en souplesse en position assise. Comment va-t-elle passer alors que devant elle le toit est ouvert ? Je l'observe avec incrédulité. Elle nous surplombe à présent. Pas de problème pour un chat aussi agile : la bande étroite latérale de carrosserie aura été amplement suffisante.
Landie est à présent assise sur le toit au-dessus du siège de Simon.
Le félin scrute l'horizon. Tout d'un coup son attention semble se concentrer : le cou est tendu vers l'avant et le regard incisif. La Guéparde se lève, quant à moi je me replie sur mon siège. Un bruit inquiétant de tôle sur le toit : Landie a raté son appui au moment du saut et sa patte arrière droite à ripé vers le toit ouvert au-dessus de ma tête.
Preuve vidéo à l'appui (et je me suis un peu amusé au montage)
Elle parvient néanmoins à assurer son saut (Photo de Tony !)
De mon côté, j'ai sorti mon appareil par la fenêtre ouverte de la portière à ma droite et déclenche une rafale à l'aveugle. Coup de chance c'est cadré.
Là encore on aurait pu en rester là mais que nenni. Le saut du Guépard se transforme en une course décidée : elle fond sur un groupe de 3 Gnous à une cinquantaine de mètres seulement. Inutile de dire que nous ne les avions pas vus venir, occupés que nous étions à photographier/filmer Landie.
Le Guépard parvient à la hauteur d'un jeun Gnou. Elle ne peut pas le manquer car celui-ci ne l'a vu qu'au dernier moment. Mais, alors que l'issue semble scellée, la mère du jeune passe à l'attaque et fonce en direction du Guépard. Le Guépard n'insiste pas et abandonne la partie !
La Vidéo de cette séquence incroyable (vous excuserez quelques gros mots au passage). Vous assisterez également au making of du clip publicitaire de Metling Pot.
Les images et vidéos sont faites alors que le véhicule n'est pas encore stabilisé, aussi la qualité est-elle plus que médiocre mais je n'ai pas résisté à l'envie de vous les montrer car ces images concluent et justifient parfaitement cette rencontre rapprochée avec le félin. Car nous comprenons à présent ce qui nous a valu la visite de la belle : elle s'est servie du 4x4 pour avoir un point de vue sur la savane. Comme vous pouvez l'apercevoir sur les images, l'herbe est assez haute sur ce secteur et ça n'est pas facile d'y voir les proies potentielles. Landie a trouvé un excellent poste d'observation avec notre 4x4 comme s'il s'agissait d'un simple rocher ou d'une termitière. Un beau final pour cette rencontre incroyable.
Je ne me souviens plus des minutes qui ont suivi sauf que je me rappelle être resté pantois souriant de façon compulsive et un peu niaise à la chance qui décidément ne nous quittait plus.
Jour 6 : L'aile ou la cuisse (Claude Zidi 1976)
Après plusieurs jours consacrés au suivi des félins, Simon nous propose d'essayer à nouveau d'assister à un crossing. Des files de Gnous convergeant vers la rivière Mara ont été observées depuis la veille. Cette fois-ci dans le sens Est/ouest.
La journée démarre bien avec un ciel qui se prête bien à notre exercice de style matinal.
Nous avons décidé de rouler directement vers le point de crossing sans trop nous arrêter en chemin pour mettre toutes les chances de notre côté d'assister à la traversée. Mais nous sommes quand même obligés de stopper quand nous voyons des lions du clan du marais prêts à passer à l'action...Fausse alerte, les Gnous vont passer au travers sans être rattrapés.
Quand nous parvenons au site de crossing, nous sommes très vite confirmés dans notre idée : un crossing massif se prépare.
Il n'est pas encore 7h00 quand les premièrs Gnous entament la traversée et commencent à s'entasser sur la rive opposée.
Tout d'un coup Léa remarque un Crocodile qui dérive telle une branche flottant à la surface de la Mara. Il se laisse porter par le courant depuis l'amont en direction d'un petit groupe de Gnous qui après avoir traversé la Mara ont échoué au pied d'une falaise infranchissable. Nous essayons de ne pas quitter le croc des yeux mais il est assez loin et disparaît de temps en temps au-dessous de la surface. Un par un, les Gnous finissent par se jeter à l'eau pour tenter de regagner un point d'accès plus en amont.
Ils remontent le courant, tantôt nageant, tantôt marchant le long de la paroi. Le Crocodile se rapproche inexorablement porté par le courant. Un, puis deux Gnous passent sans encombre mais le crocodile coince le troisième qui n'a pas d'échappatoire. La mâchoire du crocodile s'ouvre et se referme en un éclair. Il n'y a quasiment pas de lutte. Le Gnou disparaît en un instant, emporté au fond des eaux.
...en grossissant un peu fort
...et la vidéo de Julie (j'ai essayé de nouveaux effets, notamment l'encadrement pour situer où va se passer l'action ainsi que le ralenti et le grossissement).
D'autres Crocodiles approchent et le spectacle s'annonce à nouveau ahurissant. C'est à cet instant que Simon reçoit un appel. Très vite nous comprenons qu'il se passe quelque chose. Après avoir raccroché, Simon nous délivre l'information : un groupe de 3 Caracals a été repéré par un autre véhicule de Melting Pot. L'excitation monte à nouveau dans le 4x4 très vite suivi d'une grave question : Que faisons-nous ? D'un côté, un crossing en cours avec de l'action à la clé; de l'autre, la possibilité d'observer un Caracal. Bien sûr, le Caracal est un des Graals dans un safari et pour ma part ce serait une première. Mais le choix n'est pas aussi évident car il s'agit plutôt de se décider entre "un Crossing de folie en cours avec prédation de crocodile" versus "Un caracal éventuel qui peut disparaître à tout moment dans les hautes herbes durant la demi heure qu'il nous faudra pour rejoindre le site". Ne serait-ce pas lâcher la proie pour l'ombre ? Il est des questions comme cela auxquelles il est difficile ou cruel de répondre : l'aile ou la cuisse, Petit-boutien ou Gros-boutien, Fromage ou dessert, Caracal ou crossing de folie…
Bon, tout le monde aura deviné que nous allons prendre le risque et nous quittons avec fébrilité les berges de la Mara.
Le trajet semble bien long. Pourtant Simon fait ce qu'il peut et nous ne perdons pas de temps. Un appel sur le portable nous confirme que nos Caracals sont encore là. Bon dieu que cela peut être long une demi-heure…
Nous arrivons enfin. 3 véhicules sont sur le site ce qui est plutôt bon signe. Tony nous fait un signe rassurant : ils sont bien là. Première photo à l'arrache pour être sûr d'avoir une image même médiocre. Ça y est l'essentiel est assuré, on peut reprendre notre souffle et étudier la situation.
Nous sommes en présence d'une mère et de ses 2 jeunes nous explique Simon. La mère reste invisible mais nous apercevons les jeunes. L'un se tient à l'ombre des broussailles.
Le moindre bruit le fait réagir. Les plumeaux de ses oreilles bougent sans arrêt. Il semble très intéressé par les chants et cris d'oiseux alentours. Il vient de dévorer un volatile et une plume est restée accrochée à ses vibrisses.
Le second jeune est en train de terminer son déjeuner.Il n'est guère visible que lorsqu'il veut bien lever la tête au milieu des hautes herbes. Nous finissons par avoir une bonne visibilité sur ce deuxième rejeton.
Après quelques minutes il se redresse et se met en mouvement.
L'impression qu'il dégage est celle d'un chat très vif. Ses oreilles pivotent sans arrêt à l'écoute de son environnement.
Il est évident que l'ouïe est chez lui un sens très développé. Les pattes sont assez longues ; il semble moins délié que le Serval mais tout aussi élégant. Ses pattes arrières semblent plus longues que les pattes avant avec pour conséquence un arrière-train un peu surélevé.
Nous le suivons à distance quand soudain nous le voyons s'aplatir et se figer le regard pointé vers un couple de Francolins. Nous avons une bonne vue subjective de la scène.
Avec ou sans profondeur de champ c'est au choix. Nous n'osons croire que nous pourrions assister à une mini-chasse. C'est déjà toujours un coup de chance d'observer en plein jour ces animaux essentiellement nocturnes alors les voir en action ce serait génial. Mais pour l'effet de surprise, c'est raté, les 2 volatiles caquettent à qui mieux-mieux en observant leur prédateur du coin de l'œil. Celui-ci patiente un moment puis tente une attaque éclair vouée à l'échec. Celle-ci a eu lieu derrière un fourré et donc sans photo mais c'était quand même sympa.
Après cette tentative il viendra se positionner de façon à peu près idéale pour une série de portraits.
Il finit par se lever et disparaître dans les broussailles dans un site inaccessible protégé par un talus.
Nous rejoignons le premier jeune resté sous son abri végétal. Il a même trouvé un trou pour passer au frais les heures chaudes de la journée.
La maman ne nous apparaîtra que très subrepticement alors que nous nous apprêtons à quitter les lieux. En quelques bonds elle est rapidement hors de vue. Mais cela fait quand même le compte : 3 caracals avec à la clé une mini action de chasse et quelques portraits sympas. En cette fin de matinée de notre 6° jour de safari mon troisième et dernier vœu (après le crossing et la chasse) est déjà exaucé.
Après une pause café tardive en compagnie de Tony et sa bande, où nous nous félicitons mutuellement de cette belle observation, nous retournons dare-dare vers notre crossing.
Lorsque nous arrivons, nous sommes vite rassurés : tout va bien, la traversée est toujours active. Elle est même spectaculaire avec un nombre impressionnant de Gnous sur les 2 rives !
Il nous semble même reprendre les choses où nous les avons laissées avec à nouveau une attaque de crocodile.
Photo de Léa (la mienne est floue).
Le gif animé pour décomposer le mouvement.
CLIQUER SUR LA PHOTO ET SELECTIONNER "O" POUR LANCER L'ANIMATION
Une seconde attaque de crocodile va suivre presque immédiatement (ou plutôt une troisième en comptant celle du matin). Celle-ci est moins lisible sur la photo mais il est intéressant d'observer la présence d'un second croc sur la droite de l'image prêt à disputer sa proie au premier.
Le crossing se poursuit. Certains Gnous, incapables de prendre pied sur la rive opposée, retraversent en sens contraire.
Avec des scènes surréalistes d'individus se croisant au milieu de la Mara...
Quelques damalisques participent au crossing.
Les Zèbres participent également à la traversée
Cela fait 4 heures que le crossing a débuté et la petite plage sur laquelle les Gnous prennent pied à l'issue de leur traversée est devenue à tel point boueuse à force du passage répété de milliers d'antilopes qu'un jeune Gnou, probablement affaibli dans l'épreuve, s'y retrouve englué et incapable de s'en extraire.
Ses congénères continueront néanmoins inexorablement à se presser derrière lui et sur lui.
Après leur passage, on le retrouvera comme momifié dans une gangue de boue.
On ne peut rester indifférent à ces mini drames qui se jouent devant nos yeux. Pourtant, au final ce crossing n'a fait que peu de victimes. D'où viennent alors ces centaines de cadavres charriés par la Mara ? J'en compte en moyenne 1 toutes les 30 secondes venant de l'amont et qui défilent devant nos yeux. En 4 heures d'observation, cela fait environ 500 Gnous qui auraient péri quelque part plus au nord.
Cinémara - Jour 6 : Sang chaud pour meurtre de sang froid (Phil Joanou 1992)
Après avoir passé une journée chargée d'émotion, nous quittons la rivière Mara alors que le soleil est bas sur l'horizon. La nuit est sur le point de tomber et nous croisons des cohortes de Gnous qui s'éloignent eux aussi de la rivière en longues processions. Nous repérons un jeune isolé qui nous paraît bien fatigué. Il avance avec peine, fragile sur ses pattes, la tête basse, l'air las. Visiblement sa mère est loin, peut-être victime de la rivière ou bien égarée dans les tumultes de la traversée.
Nous nous faisons la réflexion qu'il risque de ne pas passer la nuit et qu'il vaudrait mieux qu'il ne croise pas le chemin d'un prédateur. Du coup, nous procédons à un tour d'horizon de la situation : pas de prédateur en vue. Il y a bien un groupe de gnous à 300 mètres et ce serait bien pour lui qu'il parvienne à rejoindre ses congénères. Nous le suivons des yeux. Il progresse lentement et la jonction avec le groupe semble hypothétique. Nous le dépassons et le laissons derrière nous en lui souhaitant bonne chance pour les heures à venir, car il lui en faudra sans doute. Nous sommes sur le point de l'abandonner derrière nous lorsque nous repérons à environ 100 mètre une Hyène en vadrouille. L'herbe est haute et la Hyène ne peut apercevoir le jeune Gnou. Nous nous arrêtons car les éléments du drame semblent bien réunis. Les 2 protagonistes marchent, probablement sans le savoir, l'un vers l'autre pour finalement tomber nez à nez.
Après quelques instants d'hésitation, la Hyène se rapproche sans montrer vraiment de signe d'agressivité comme si elle était curieuse d'examiner de plus près le potentiel de la situation.
Le jeune Gnou ne se démonte pas. Il n'essaie pas de fuir, d'ailleurs le pourrait-il ? Il reste figé, puis, quand la Hyène se rapproche un peu trop, il la charge courageusement. Cela nous rappelle cette même scène observée dès le premier jour de notre safari où un jeune Gnou avait affronté une Hyène et avait fini par la décourager par son obstination.
Pendant une dizaine de minute, la scène se répète : la Hyène se rapproche, l'air de rien, sans tenter une véritable attaque, le Gnou charge sur quelques mètres et la Hyène recule pour se maintenir à distance. La lumière décline rapidement et la scène se déroule au milieu des hautes herbes aussi les images sont-elles de piètre qualité mais permettent d'illustrer ce nouvel épisode de la vie dans le Mara.
Le manque d'agressivité de la Hyène est assez étonnant. Depuis que la confrontation a commencé, elle n'a jamais tenté une attaque franche et finalement n'a fait que céder du terrain. Nous la voyons examiner les alentours à plusieurs reprises : attend-elle du renfort ? Elle continue à reculer sous les attaques du jeune Gnou. Elle recule jusque dans un fossé en contrebas où elle disparaît à moitié. Ce sera le tournant des événements : le Gnou poursuit son attaque en direction de la Hyène et bascule dans le fossé. Déséquilibré, il s'affale au sol. La Hyène surgit immédiatement et lance sa seule véritable attaque qui sera fatale. Elle maintient le Gnou à terre sans peine. Celui-ci nous avait étonnés par la vitalité de ses attaques contre la Hyène mais cette vigueur retrouvée n'était qu'apparente et le courageux Gnou y a laissé ses dernières forces. Il ne parvient plus à se relever. Nous comprenons à présent que le déroulement des opérations n'avait peut-être rien de fortuit et que les dérobades successives de la Hyène avait sans doute pour but d'attirer le Gnou sur un terrain où il n'avait pas la moindre chance de s'en tirer.
La suite sera vraiment horrible. Cela dépasse en émotion toutes les scènes pourtant sanglantes auxquelles nous avons assisté au cours de ces derniers jours. La Hyène ne cherche nullement à mettre à mort le jeune Gnou. Elle le dévore vivant. Le plus déchirant ce sont les plaintes de la victime alors que son tortionnaire fouraille à l'intérieur de son ventre. Heureusement la scène est en partie masquée par les hautes herbes. Mais nous ressortons choqués par cette scène. Et puis finalement tout cela pour pas grand-chose. Après à peine dix minutes et quelques bouchées rapides, la Hyène abandonne les lieux et sa victime, le museau sanguinolent.
La Vidéo de la scène est particulièrement horrible, en particulier les appels du gnou agonisant Triste. (NB : J'ai coupé le son sur la première partie du fait des rafales de vent qui créaient des perturbations assourdissantes.)
Cinémara - jour 7 : Droit de passage (Wayne Kramer 2009)
Le lendemain, nous nous retrouvons au même crossing dès 7h00 du matin. A notre arrivée, une belle surprise nous attend : Notch ainsi que 2 femelles se tiennent sur la berge de l'autre côté de la Mara éclairés par les premiers rayons du soleil.
Ils s'approchent de la mini falaise et scrutent la rive opposée où des groupes de Gnous approchent pour une prochaine traversée.
Avec la crinière de Notch bien visible il est peu probable qu'ils décident de se lancer pour l'instant. Les lions se sont allongés dans les hautes herbes à quelques mètres de la berge. Une heure passe sans rien de particulier à signaler à part les 4x4 qui commencent à s'aligner pour assister au crossing. Puis soudain, l'une des femelles se lève et part en chasse. Nous la perdons de vue durant quelques secondes alors qu'elle passe derrière un alignement de 3 véhicules.
Lorsqu'elle réapparaît, elle est accrochée au cou d'un Gnou. Contrairement à la première chasse à laquelle nous avons assisté en début de séjour, elle ne s'est pas hissée sur le dos du Gnou pour peser de tout son poids mais se laisse traîner, les 2 pattes avants enroulées autour de son encolure, pour attirer sa proie à terre. Elle parvient assez vite à saisir la gorge de sa victime dans ses mâchoires. Le Gnou à moitié asphyxié est incapable de résister d'avantage et se laisse bientôt entraîné au sol pour une issue fatale.
Entre-temps, Notch s'est rapproché du lieu de la mise à mort, bien décidé à prendre son dû. Sans un regard pour la lionne victorieuse, il se saisit du Gnou par le cou. L'animal est puissamment tracté sur une centaine de mètres jusqu'à un endroit à couvert où le lion pourra s'en repaître tranquillement à l'abri des importuns.
Cette séquence a quelques peu éloigné les lions de la rivière. Ils sont occupés autour de la carcasse dans les hautes herbes hors de vue des Gnous qui se pressent sur la rive opposée et vont bientôt entamer la traversée. Très vite le crossing devient tout aussi dense que la veille.
Que va-t-il se passer lorsque les lions auront repéré les centaines de Gnous qui traversent à proximité ? Nous n'attendrons pas longtemps pour assister à une deuxième escarmouche. Une lionne s'est approchée de la zone où les gnous prennent pied sur la berge après leur crossing. Elle a repéré un jeune qui gravit les derniers mètres de la montée. La lionne le surplombe et attend qu'il se jette dans la gueule du loup. Alors qu'il est presque à sa portée elle tente de le saisir de ses griffes mais celui-ci lui échappe et se laisse retomber vers la rivière. La lionne descend prudemment à sa suite et disparaît à nos yeux. Difficile de dire ce qui se passe exactement derrière l'escarpement qui nous masque les 2 animaux mais gageons qu'ils ne se font pas un câlin.
Cet épisode n'a pas arrêté le flot des Gnous qui continuent à affluer. Soit ils n'ont pas repéré la lionne, soit la frénésie de la traversée est plus forte que la crainte du prédateur. Un quart d'heure plus tard, nous allons assister à une très jolie scène. Nous n'avons pas quitté des yeux la zone où la lionne a disparu à la suite du Gnou.
Soudain, elle réapparaît furtivement, se glissant dans la végétation à la suite d'un groupe de Gnous qui vient de prendre pied sur la berge. Elle disparaît à nouveau quelques instants derrière des broussailles. Après quelques secondes, nous constatons une agitation flagrante parmi les Gnous qui défilent devant la lionne à l'affût et, dans les instants qui suivent, celle-ci sort de sa planque à leur poursuite.
Le premier Gnou se retourne et fait front.
La lionne n'insiste pas. Elle réoriente immédiatement sa course, change de cible et fonce sur un second individu.
Après quelques mètres de poursuite, celui-ci se retourne à son tour pour contre-attaquer. Le Gnou charge la lionne qui recule pour éviter les coups de cornes.
Le Gnou insiste dans sa charge et c'est alors le prédateur qui se retrouve en train de fuir face à sa proie qui menace de lui enfoncer ses cornes dans l'arrière train.
C'est ce qui s'appelle se faire botter les fesses. Après une petite partie de poker menteur et d'intimidation respective, le Gnou parvient à prendre le large. Une scène vraiment étrange où le chasseur se fait chasser par son gibier naturel : un Gnou, certes adultes, mais qui est une proie habituellement facile. On peut penser qu'en cette période faste, la lionne ne compte pas prendre le moindre risque de blessure alors que la nourriture est si abondante. Cela n'en vaut tout simplement pas la peine. Elle attendra une occasion encore plus propice et des proies moins virulentes. En tout cas, voila une histoire qui pour une fois ne s'achève pas par une issue sanglante. Ces Gnous ont décidément beaucoup de ressources et nous réservent encore des surprises.
La vidéo de Julie, toujours sur le coup !
Cinémara - Jour 8 : La rivière sans retour (Otto Preminger 1954)
Nous décidons ce matin de tenter de trouver une explication aux centaines de cadavres que nous avons vus défiler devant nos yeux lors des précédents crossings. Certes les traversées auxquelles nous avions assisté avaient fait quelques victimes mais ces noyades et attaques de crocodiles n'expliquaient guère que quelques pertes ponctuelles. L'hécatombe devait se produire quelque part en amont.
Dès l'aube, nous tentons de découvrir l'origine du drame.
Nous ne tardons pas à découvrir un rassemblement de Gnous convergeant vers un lieu de crossing inédit. L'endroit est assez improbable. L'environnement immédiat est une zone de forêt dense qui constitue un biotope inhabituel pour cet habitué des savanes.
Les berges de la rivière forment des falaises apparemment infranchissables. Ils sont des milliers à préparer ce crossing attendant, comme à chaque fois, le premier qui osera se lancer, donnant ainsi le signal du départ. La traversée débute. Les Gnous ont finalement trouvé un passage leur permettant une entrée dans la rivière à peu près confortable. Mais nous réalisons rapidement qu'il n'en va pas de même pour ce qui est du point d'arrivée sur l'autre rive. Un premier groupe parvient à traverser la rivière qui n'est à cet endroit large que d'une dizaine de mètres.
Ils se sont extirpés de l'eau et occupent à présent une zone étroite en bord de rivière où ils ont pied. Mais la paroi de la berge se dresse à la verticale devant eux. Aucun moyen de la franchir.
Le flot de Gnous continue à déferler vers la zone de débarquement mais, à présent, le seul secteur où ils pourraient prendre pied est occupé par les premiers arrivants. Ils nagent donc sur place en luttant contre le courant incapables de s'extraire de l'eau. Il n'y a pas d'issue possible.
Et pourtant, depuis l'autre rive, les Gnous n'en finissent pas de se jeter à l'eau dans une traversée sans issue. Un premier Gnou a décroché du groupe des nageurs.
Il peine à maintenir la tête hors de l'eau et, en quelques secondes, ses naseaux sont recouverts par les flots.
A une vitesse effrayante, nombre de ses congénères subissent le même sort. Je suis abasourdi par l'allure à laquelle tout cela se passe. L'énergie que les Gnous déploient pour lutter contre le courant les laisse sans force en moins d'1 minute.
Le crossing vient à peine de débuter et déjà les cadavres dérivent au fil de l'eau vers l'aval. Dans quelques minutes les observateurs positionnés au main crossing de Serena vont, sans doute, comme nous la veille, les voir défiler tristement devant eux.
Et les Gnous continuent à se jeter dans la rivière dans cette traversée sans espoir… Le spectacle vous glace le sang. J'en tremble littéralement. Je suis un peu gêné de photographier et de m'adonner à ce voyeurisme morbide. Nous nous demandons s'il faut intervenir ou laisser les choses se faire. Mais intervenir comment ? Est-ce que tenter de les effrayer en nous approchons leur sauvera la vie ou les précipitera en masse dans la rivière ? Et puis le crossing fait partie intégrante de ce processus naturel qu'est la migration. Un processus qui fait du Gnou une espèce qui connaît une réussite incontestable si l'on en croit les effectifs de sa population en Afrique de l'est. Nous n'interférerons donc pas. Au bout d'un quart d'heure, le crossing se tarit. Les Gnous qui n'ont pas traversé refluent en direction de la savane. Parmi ceux qui se sont jetés à l'eau, une partie a heureusement réussi à faire demi-tour. Une vingtaine seulement est parvenue à se hisser sur la rive opposée.
La vidéo (avec certains passage un peu bougé car la caméra est tenue à bout de bras tendus au-dessus de la tête)
On aurait aimé en rester là. Pourtant, quelques minutes après, alors que nous nous apprêtions à quitter les lieux, nous assistons à un nouvel incident d'une nature un peu différente. Les Gnous qui avaient d'abord reflué vers la savane, reprennent la direction de la rivière un peu en aval de la zone précédente. Ils pénètrent dans un secteur où la rivière Mara forme une série de méandres. Le groupe est dense dans cette partie finalement très étroite bordée sur trois côtés par la rivière un peu comme une presqu'île. En un passage particulier, il n'y a guère que 2 mètres de large entre une zone densément arborée et la berge de la rivière qui se dresse à 6 mètres au-dessus de l'eau. Comme souvent, après avoir longuement hésité, les premiers arrivants décident de renoncer et entament un demi-tour. Ils croisent alors le flux de ceux qui continuent à s'avancer vers la rivière. Ça frotte pas mal entre les 2 flux. Arrivés au fameux rétrécissement, impossible de passer de front. Et là c'est l'incident : bousculés dans la mêlée, les Gnous les plus proches de la berge tombent en grappes dans la rivière. Ils s'abattent par dizaine et la scène est vraiment angoissante.
Les Gnous se retrouvent au milieu des flots non pas pour un nouveau crossing mais pour reprendre pied sur la berge d'où ils ont basculé. Et, comme si toutes ces embûches ne suffisaient pas, certains se font charger par les Hippopotames qui n'apprécient pas d'être dérangés.
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C'est spectaculaire mais il y aura heureusement plus de peur que de mal.
A observer le déroulement de ces traversées périlleuses on se peut se demander ce qui justifie ces comportements. Pourquoi traverser en des endroits aussi escarpés, parfois même infranchissables, alors qu'un détour permettrait un accès beaucoup plus tranquille. Est-ce dû à une absence ou médiocre perception du danger ? OK, admettons que l'intellect du Gnou ne lui permette pas d'anticiper les risques ni même de sélectionner de façon adéquate les meilleurs sites de traversée. Mais en revanche, comment peut-on comprendre qu'en dépit des cris déchirants des congénères qui se noient en masse et la vision des cadavres qui ne cessent de défiler au fil de l'eau leur instinct de conservation ne les pousse pas aussitôt à faire demi-tour ?
Autre question : Malgré la Mara en crue et malgré les berges escarpées, il suffirait aux Gnous dans les secteurs difficiles de se laisser porter par le courant, quasiment sans effort, sur quelques dizaines de mètres pour atteindre une plage de débarquement propice. Alors que la migration et les crossings se déroulent de la même façon depuis probablement des milliers d'années, la sélection naturelle ne devrait elle pas avoir préservé les individus dont le comportement est le plus adaptée à la traversée de rivière ?
On comprend l'intérêt collectif de ces déplacements en direction de régions où les pâturages sont plus favorables. Les Gnous apprécient particulièrement l'herbe tendre qui pousse immédiatement après les pluies. Aussi sont-ils capables de détecter à distance orages et précipitations. Contrairement à ce que l'on imagine, la traversée de rivière n'est pas un évènement unique au cours de la migration intervenant une fois à l'aller, dans le sens Tanzanie/Kenya et une seconde fois au retour, dans le sens Kenya/Tanzanie. Pendant les 4 mois de séjour des Gnous au Kenya (entre juillet et octobre), ils vont traverser la rivière Mara à de multiples reprises en suivant la direction des orages. A chaque traversée ils affronteront les mêmes périls : les berges escarpées, le courant qui menace de les emporter, les prédateurs à l'affût. Mais pourtant la disette est encore loin au moment où ils vont affronter les dangers de la rivière. On voit donc s'opposer 2 logiques :
- une logique collective, l'instinct de migration, qui va mettre le groupe précocement en mouvement de façon à optimiser les ressources alimentaires disponibles.
- une logique de survie individuelle (ou instinct de conservation) qui devrait inciter chaque individu à retarder l'instant périlleux de la traversée jusqu'au moment ou la famine le leur imposerait.
Alors comment se fait il que l'instinct de migration l'emporte systématiquement sur l'instinct de conservation ? Plusieurs pistes de réponse me viennent à l'esprit. D'abord, les pertes constatées lors de ces traversées ne mettent pas en question la survie de l'espèce. Il est clair qu'en dépit de ces incidents dramatiques, la migration est un processus qui contribue au succès de l'espèce. La vision de ces énormes rassemblements en témoigne : l'espèce Gnou se porte bien. Or, la migration en masse suppose que les individus qui y participent aient un instinct de grégarité prononcé, une propension spontanée à suivre le groupe. La sélection naturelle va donc aboutir à préserver des Gnous dont le tempérament est plutôt moutonnier et grégaire et non pas les tempéraments individualistes qui peut-être se tireraient mieux d'affaire dans une situation délicate mais ne serait pas à même de préserver l'unité du groupe qui est l'essence même du processus de migration. D'ailleurs, dans ces circonstances, être plus malin que le reste du groupe en anticipant les dangers n'est même pas forcément un gage de survie. Par exemple, en renonçant à la traversée ou en recherchant un site plus favorable, le Gnou "intelligent" prend le risque de se retrouver isolé du groupe et finalement à la merci des prédateurs. Il est également isolé de ses partenaires de reproduction et ses gènes "intelligents" qui lui ont permis de déjouer les pièges de la rivière ne seront pas transmis aux générations suivantes.
Et quand même pour relativiser ces comportements "Panurgien" qui relégueraient le Gnou au rang d'espèce stupide il arrive aussi à l'espèce super intelligente que nous sommes d'être pris dans des mouvements de foules qui déclenchent des paniques collectives dévastatrices.
A Phnom Penh cette semaine : 375 morts
http://www.20minutes.fr/article/627223/monde-mouvement-panique-phnom-penh-nouveau-bilan-375-morts
Cinémara - Jour 8 : Rocco et ses frères (Luschino Visconti 1960)
Après cette matinée un peu dramatique nous décidons d'aller pister les 3 frères. Nous les retrouvons sur leur terrain de jeu habituel dans les grandes savanes entourant Rhino Ridge. Il est aux alentours de 13h00 lorsque nous les découvrons. Nous sommes en "full day" et décidons de déjeuner en leur compagnie. Eux font la sieste à l'ombre d'un acacia et nous nous installons sous l'acacia voisin le plus proche à une cinquantaine de mètres de là. Nous décidons de souscrire à la proposition de Simon de les suivre jusqu'au soir dans l'attente d'un comportement intéressant. Tout est très calme et nous employons notre temps à observer (il ne se passe pas grand-chose) à manger et à nous reposer.
Le temps d'abord au grand bleu tourne peu à peu à la grisouille puis à des nuages annonciateurs de pluie. Les filles ont grimpé sur le toit et, pour une fois, je fais quelques portraits non animaliers. Il faut reconnaître que je suis très entraîné à ce cadrage avec les images de Landy la Guéparde faites dans les mêmes conditions.
Après 3 heures d'attente, nos Guépards commencent à bouger un peu, à s'étirer et à bailler.
Un groupe de Gnous se tient à 300 mètres de là et les 3 frères se mettent en mouvement dans cette direction. Après une approche sans grand effort de camouflage en terrain découvert, une première course est lancée par l'un des 3.
Juste le temps de semer la panique chez les Gnous puis de revenir rejoindre ses frangins quelques minutes plus tard.
Mais la tension est montée en flèche dans le 4x4. Apparemment nous avons encore fait le bon choix: la chasse est ouverte.
La grisouille commence à virer à la pluie ce qui ne semble pas gêner nos compères. Bien au contraire, ils semblent tout à fait disposés à tirer parti de ces conditions particulières pour tenter leur chance à nouveau. Nous sommes bientôt sous des trombes d'eau et l'atmosphère est incroyable.
La visibilité a fortement baissé et les Gnous ont probablement des difficultés à repérer leurs prédateurs. Les 3 Guépards foncent à nouveau dans le tas sans beaucoup de précautions.
Ils semblent tester les Gnous sans doute à la recherche d'un maillon faible.
L'atmosphère est vraiment démente. L'orage tonne, la pluie s'abat avec une puissance rarement vue et nous suivons cette série de courses dans un suspens d'enfer. Pour nous il devient difficile de repérer les Guépards qui sont à distance et masqués par les rideaux de pluie. Heureusement nous les apercevons qui se dirigent dans notre direction.
L'un des Guépards lance sa course. Il passe à peine à 20 mètres de nous à la poursuite d'un Gnou. Je lâche une rafale.
Après cette troisième tentative infructueuse, les 3 frères se regroupent et s'allongent comme pour laisser passer le gros de l'orage. Ils sont à peine visibles, couchés dans l'herbe à environ 150 mètres de nous.
Une photo, juste pour rendre compte des conditions
Nous commençons à croire que la chasse est terminée quand 2 flèches traversent le rideau de pluie. Ils sont repartis pour un sprint incroyable. Nous les suivons des yeux avec difficulté. Je ne sais comment Julie parvient à saisir la scène en vidéo, car de mon côté : impossible, c'est à peine si je les discerne.
J'entends Simon crier : "il l'a eu !" et il démarre prestement pour nous rapprocher du lieu du forfait.
Ci-dessus : l'incroyable vidéo de Julie (avec un Guépard qui fait du ski nautique sur une bonne cinquantaine de mètres accroché au dos d'un Gnou)
Nous arrivons quelques secondes après à proximité du Guépard et de sa proie. Le Gnou se débat encore. Pour le Guépard, la technique est toujours la même : il a saisi sa victime à la gorge et l'enserre pendant plusieurs minutes pour l'étouffer.
Incroyable : la proie n'est pas un jeune Gnou de l'année: les cornes forment déjà un coude alors que chez les jeunes nés en février celles-ci sont toute droites. Il s'agit donc d'un individu au moins dans sa deuxième année. Une belle proie pour un Guépard dont le poids est sans doute à peine la moitié de celui du Gnou qu'il vient de mettre à terre. Un mordant qui a de quoi donner un frisson rétrospectif en repensant à Landy qui se tenait il y a peu de temps à quelques centimètres de nous sur le toit du véhicule. Un deuxième Guépard a rejoint son frangin. Où est donc le troisième ?
"Ils en ont eu deux" : Simon vient de découvrir le nouvel exploit des 3 frères. Un second Gnou gît à 25 mètres du premier. Le troisième Guépard s'occupe de son cas. Dans l'émotion de cette chasse et la pluie battante nous n'avions pas réalisé que le trio avait fait un doublé. La seconde proie est aussi un Gnou adulte. Incroyable !
Par chance il n'y a pas encore de Hyènes dans les parages. Les rideaux de pluie constituent sans doute un écran qui prévient ces usurpatrices de repérer la scène de chasse. Les Guépards peuvent ainsi se nourrir sans concurrence.
Les 3 se retrouvent autour du même repas : visiblement il préfèrent manger ensemble.
L'un des frères s'interrompt de temps en temps et scrute les alentours me permettant quelques portraits.
J'essaie de ne pas manquer le moment clé de l'ébrouage qui est toujours photogénique.
Un vrai festival et un pur moment de délectation pour un photographe.
On finit avec le Gif animé.
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...et la vidéo de Julie où l'on se rend compte du déluge et de l'orage. Les bruits d'ambiance ne sont pas dus à des parasites autour du micro mais bien au tonnerre qui gronde. Remarquez également sur les dernières secondes on voit les 2 proies à quelques mètres de distance.
Cinémara - Jour 9 : Le retour du Roi (Peter Jackson 2003)
Nous en sommes à notre avant dernier jour de safari et nous optons aujourd'hui encore pour le crossing dans l'espoir de peut-être y retrouver le clan de Notch en embuscade.
A peine arrivés, nous allons assister à une scène encore plus étrange et fascinante que lors de notre précédente rencontre avec le clan. Un Gnou vient de franchir la Mara. Il s'est un peu attardé et se retrouve isolé de son groupe qui s'éloigne au petit trot. Il est aussitôt attaqué. Cette fois-ci ce n'est pas 1 mais 2 lionnes qui fondent sur l'animal. Le Gnou tente courageusement de les repousser à coups de cornes.
Mais comment cette défense désespérée pourrait-elle le sauver face aux 2 tueuses ? D'autant que les lionnes sont aussitôt rejointes par un groupe de 6 ados ! Ce sont à présent 8 lions qui entourent le Gnou, le harcèlent, mais, bizarrement ne semblent pas pressés de le mettre à mort.
On croirait assister à des passes de corrida : le taureau charge et les lions l'évitent en souplesse refermant à chaque fois le cercle autour de lui.
Cela semble tenir à la fois du jeu mais aussi de l'apprentissage pour les ados, un peu comme les scènes que l'on a pu voir dans des documentaires où la maman Guépard capture une jeune Thomson pour la laisser ensuite entre les pattes de ses ados et les éduquer ainsi à la chasse. Les jeunes lions s'essaient à tour de rôle à affronter le Gnou. Les Lionnes les laissent faire mais, visiblement, les ados ne sont pas encore assez expérimentés pour en venir immédiatement à bout.
La scène va s'éterniser pendant plus de 25 minutes. Sans doute un peu lassée par ce jeu, l'une des lionnes saute finalement sur le dos du pauvre Gnou.
Mais curieusement, après l'avoir mis à terre, au lieu de le prendre à la gorge pour l'achever, elle abandonne sa prise et le laisse à nouveau entre les pattes malhabiles des jeunes ados. Le Gnou git à terre immobile. Les jeunes lions le mordillent en tous sens. Il a toutes les apparences de la mort.
Pourtant, le plus extraordinaire se produit peu après : nous le voyons, incrédules, d'abord remuer puis se redresser complètement et se remettre debout sur ses pattes.
Était-il en catalepsie comme certains animaux qui feignent la mort pour profiter de la baisse de vigilance de leur prédateur ou bien tout simplement trop épuisé pour réagir aux attaques jusqu'à ce qu'il ait finalement repris des forces ? Quoi qu'il en soit, le face à face continue et le harcèlement se poursuit. Quelques minutes plus tard, le Gnou est mis à terre une seconde fois par l'une des lionnes et, à nouveau, abandonné aux jeunes. Une seconde fois, il parvient à se remettre debout. Cela fait plus d'1 heure que le combat a commencé. Le Gnou continue à se battre courageusement en refoulant ses adversaires par des charges désespérées. On croirait un peu l'histoire de la chèvre de Monsieur Seguin … sauf que l'on a ici affaire non pas à 1 loup mais à 2 lionnes adultes et 6 ados dont chacun vaut bien en poids le loup de la fable.
Aussi pense-t-on assister à une fin du même type. Au fil des minutes, pourtant, l'intensité des attaques diminue.
Le Gnou est bientôt laissé seul avec seulement 2 ados qui le regardent avec un certain intérêt. Et puis finalement les lions s'éloignent. Le Gnou reste figé sur place.
On aurait bien envie de lui dire d'en profiter pour s'enfuir et se mettre en sécurité mais il est comme tétanisé. Nous craignons que ces multiples agressions n'aient laissé à l'animal courageux des blessures irrémédiables ou que les lions ne fassent demi-tour pour finalement l'achever.
Mais, après quelques minutes de répit, il parvient à s'éloigner un peu de la zone de danger. A petits pas d'abord puis ensuite en trottinant. C'est finalement au galop qu'il rejoindra son clan qui entre temps s'était rapproché de la scène de combat comme mue par une étrange curiosité. On se prend à imaginer la fierté de ce Gnou courageux rejoignant les siens et l'admiration de son clan pour lequel, après avoir vaincu un groupe de 8 lions, il ne peut plus apparaître que comme le roi des Gnous.
Une scène rare. Ramener une proie vivante et la libérer devant ses jeunes est un comportement habituel chez le chat domestique. HandBook of the Mammales of the World (très mal nommé car il est loin de tenir dans la main vu son poids) précise que chez le Guépard, la femelle relâche ainsi 1/3 de ses captures devant ses jeunes lorsque ceux-ci ont entre 5 à 7 mois.
Rien de spécifique n'est mentionné concernant le Lion. Il est néanmoins indiqué que ce type de comportement est rarement vu chez les félins dans la nature (en dehors du Guépard) du fait de la difficulté d'observation (tout en laissant supposer qu'il est susceptible de se produire).
On peut supposer que ce comportement ne peut apparaître que lorsque les conditions de nourrissage sont favorables. Peut-être que cela ne peut se produire qu'ici et maintenant : à Masaï Mara en période de migration alors que les proies sont innombrables. En temps de disette, il serait dangereux de prendre le risque de voir la proie s'échapper faute de l'avoir mise à mort rapidement. Mais ici quand on prend tous les ingrédients de la scène en compte il semble bien que l'on ait affaire à une séance d'entraînement pour les jeunes :
- la scène dure plus de 30 minutes , si l'abandon de la proie était dû à la lassitude du fait de l'abondance de nourriture on ne voit pas pourquoi les lionnes se seraient fatiguées durant tout ce temps
- la participation des jeunes est claire même si leurs tentatives semblent timides et maladroites
- le cercle formé autour de la proie est sans doute l'apprentissage de la chasse coopérative
- les femelles restent sur le coup : les adultes dans ce type de situation (cf le même comportement chez le Guépard) veillent à ce que la proie ne s'échappe pas
- à 2 reprises les lionnes ont mis le Gnou à terre, sans le tuer, puis l'ont laissé aux bons soins de leur progéniture. Pourquoi se donner du mal pendant tout ce temps et abandonner la proie ? Cela me rappelle le "Vous pouvez refermer" du chirurgien à ses assistants à la fin de l'opération : l'essentiel du travail est fait ; aux jeunes maintenant de se faire la main
Bien sûr il y a peut-être une grande part de jeu dans tout cela mais le jeu fait partie intégrante de l'apprentissage de la chasse chez le lion.
Cette scène est aussi l'occasion de réhabiliter la réputation des Gnous. En dépit des scènes de crossing un peu folles qui valent généralement aux Gnous bien des sarcasmes, je trouve que cette espèce a beaucoup plus de qualités qu'il lui en est généralement accordées. Après ce séjour riche en observations, le Gnou est fortement remonté dans mon estime :
- il est très courageux : il fait front à ses ennemis
- il est persévérant : ses affrontements avec ses prédateurs peuvent durer plusieurs dizaines de minutes et le Gnou combat toujours
- il est extrêmement résistant : comment n'y a-t-il pas plus de casse lors de ces plongeons ou chutes de plus de 5 mètres de haut lors des sauts depuis les berges
- il est sociable et apprécie la compagnie de ses congénères ; il est prêt d'ailleurs à des comportements étonnants et parfois incompréhensibles pour conserver l'unité du groupe
- il a des capacités quasi-mystiques pour ce qui est de trouver les pâturages appropriés - pour un herbivore c'est le principal problème à résoudre et l'on peut dire que dans ce domaine le Gnou n'est pas un benêt mais au contraire un surdoué.
Je pense qu'il mérite d'être réhabilité.
Un épisode hors du commun auquel tout Melting Pot a pu assister (ben oui il y a pas que nous qui ayons eu de la chance sur ce coup ci). Et nous avons fêté notre chance peu après autour d'un ptit dèj animé.
Cinémara - Jour 10 : Mort un dimanche de pluie (Joel Santoni 1986)
Dans la belle lumière du soleil levant nous rencontrons le clan du marais.
La matinée sera marquée par le spectacle un peu morbide de dizaines de cadavres de Gnous qui jonchent la savane. Une hécatombe incroyable et difficile à expliquer : les cadavres sont pour la plupart intacts et n'ont pas été victimes de prédateurs. Nous supposons avec Simon que les Gnous ont été très affaiblis par des crossings répétés et difficiles auxquels se sont ajoutées 2 nuits de pluie battante et d'orage… et, au petit matin, nous découvrons l'étendue des dégâts. Quoiqu'assez lugubre c'est aussi l'occasion de saisir quelques scènes et interactions intéressantes autour des carcasses.
Ci-dessus : Hyène chassant un Vautour Africain.
Vautour charognard chassé par un Chacal
Jeune Hyène fuyant la concurrence d'un Marabout.
Pour des raisons qui m'échappent, elle trempe à plusieurs reprises la viande dans une flaque d'eau. Est-ce pour la nettoyer ?
Bateleur des savanes sur un jeune Gnou.
Même les phacochères s'intéressent aux carcasses, particulièrement aux résidus végétaux encore présents dans l'estomac de la victime.
...et ils savent montrer leur mauvaise humeur devant la trop forte proximité des vautours.
Vautour de Ruppell et Vautour Africain
Les 4 espèces de Vautour (Charognard, Oricou, de Ruppell et Africain).
Nous rencontrons Dents pourris dans une curieuse "cohabitation" avec un Gnou.
Pour nous remettre de ces spectacles nous assistons à des scènes plus légères : un Damalisque se prend pour un Springbok.
Un Aigle ravisseur se rafraichit.
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Un avion est pris dans un nuage de moucherons.
Un Serpentaire joue avec un toupet de plumes.
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Dans les bois près de Governor's camp nous tombons sur une famille Phaco. La maman allaitant ses jeunes.
Nous allons assister ensuite à notre dernier crossing.
L'eau est particulièrement tumultueuse et la traversée n'est pas facile pour Zèbres et Gnous. Mais la plupart des cadavres qui jonchent le site ne sont pas dus à ce passage délicat mais sont les victimes des traversées suicidaires auxquelles nous avons assisté les jours précédents, en amont de la rivière.
Voila qui conclue cette dernière journée de safari.
Il est temps de faire un bilan de ce safari exceptionnel :
3 chasses de lions réussies
3 chasses de Guépards réussies (dont 1 avec 2 gnous à terre)
3 attaques de crocodiles au passage des Gnous
1 chasse d'Hyène sur Gnou réussie
1 affrontement Hyène / Gnou où le Gnou parvient à chasser la Hyène
2 affrontements Gnous / Lion(s) où le Gnou parvient à chasser la Lionne
1 affrontement entre un groupe de Buffles et un clan de Lions
Des crossing quasi-quotidiens dont un crossing exceptionnel d'une journée entière
1 obs de 3 caracals
La visite d'un femelle Guépard sur le toit de notre 4x4
Cela fait presque 2 scènes exceptionnelles par jour. Mara nous a gâtés. Un safari qui restera à jamais dans nos mémoires et notre cœur. Merci encore à Simon et Tony pour avoir réalisé ce miracle.
Et pour le clap de fin, je laisse à qui de droit le dernier mot :
"Voyons un peu ce qu'ils ont écrit…"
"C'est vraiment mal écrit, faut que j'me rapproche"
"Bravo une belle initiative !"
"Ok, tu peux me prendre en photo devant la panneau. Cheese…"
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